Langue ou langage des signes ?

Langage des signes et langue des signes ne sont pas équivalents ou interchangeables ! Vous avez déjà dit "langage des signes" tout en étant persuadé d'utiliser correctement ces termes ? On vous dit tout.

On dit langue des signes. La confusion avec « langage » est très répandue, au point d'avoir longtemps été la norme et elle a une raison historique précise.

Il n'existe pas un « langage des signes » : il existe des langues des signes, différentes d'un pays à l'autre. En France, c'est la Langue des Signes Française, reconnue comme une langue à part entière par la loi depuis 2005.

C'est aussi la première chose que l'on clarifie en formation d'initiation à la LSF, avant même le premier signe.

Quelle est la différence entre une langue et un langage ?

  • Une langue est un système de communication propre à une communauté, avec son lexique, sa grammaire et sa syntaxe. Le français, l'arabe et la LSF sont des langues.
  • Un langage est une notion plus large : toute forme de communication organisée. On parle du langage informatique, du langage corporel, du langage des fleurs.

Dire « langage des signes » revient donc à ranger la LSF parmi les codes et les systèmes de substitution, au lieu de la reconnaître comme une langue humaine complète.

Comment se nomme la langue des signes en France ?

La Langue des Signes Française, abrégée en LSF. C'est son nom officiel, celui qui figure dans la loi et dans les textes de l'Éducation nationale.

Attention à deux confusions fréquentes :

  • La LSF n'est pas une langue internationale. Chaque pays a la sienne, et elles ne sont pas mutuellement compréhensibles.
  • La LSF n'est pas du français signé. Ce n'est pas du français transposé geste par geste, mais totalement une autre langue ! Communiquer en LSF, c'est accéder à une langue riche, avec son propre fonctionnement.

Pourquoi cette confusion est-elle si répandue ?

Parce qu'elle a une histoire, et qu'elle a longtemps été officielle.

  • En 1880, le congrès de Milan proclame la supériorité de la méthode orale et recommande de ne plus recourir aux signes dans l'éducation des sourds.
  • Pendant près d'un siècle, la LSF n'a plus sa place dans les écoles françaises. Elle se transmet en dehors des salles de classe, entre sourds.
  • Elle n'est donc ni enseignée, ni décrite, ni reconnue comme langue. D'où l'idée, encore présente aujourd'hui, qu'il s'agirait d'un simple code de gestes.

La formulation « langage des signes » est un reste de cette période. Ce n'est pas une faute de goût, c'est un vestige.

La langue des signes a-t-elle été interdite en France ?

Dans l'enseignement, oui. C'est un fait historique souvent découvert avec surprise.

  • 1880 : le congrès de Milan proclame la supériorité de la méthode orale et recommande de ne plus recourir aux signes dans l'éducation des sourds
  • Un siècle d'oralisme : l'enseignement se fait par la parole et la lecture labiale, la LSF n'a plus sa place en classe
  • Elle ne disparaît pas pour autant : elle continue de vivre en dehors de l'école, transmise entre sourds
  • 1991 : la loi Fabius ouvre le droit de choisir une éducation bilingue, français et LSF
  • 2005 : la loi du 11 février reconnaît la LSF comme une langue à part entière

Un siècle sans place à l'école explique beaucoup de choses : le retard de la recherche linguistique sur la LSF, le manque d'interprètes et de professionnels signants aujourd'hui, et l'attention que porte la communauté sourde aux mots employés pour parler de sa langue.

Comment fonctionne la langue des signes ?

Comme toute langue : avec des règles. Quelques éléments qui montrent qu'il ne s'agit pas d'un code improvisé.

  • Un lexique de milliers de signes, avec des variantes régionales, comme les accents en français
  • Une grammaire propre : l'ordre des éléments n'est pas celui du français, la synatxe en LSF est bel et bien différente
  • Un espace de signation : on installe les personnes et les objets devant soi, puis on les désigne
  • Une syntaxe portée par le visage : ce sont les sourcils et le regard qui marquent la question, la négation ou la condition
  • Des paramètres constitutifs : configuration de la main, emplacement, orientation, mouvement, expression. Changer un seul paramètre change le sens du signe
  • Une simultanéité impossible à l'oral : plusieurs informations sont exprimées en même temps

C'est précisément ce qui en fait une langue, et non un langage.

« Langage » ou « language » : quelle orthographe ?

En français, on écrit langage, avec un a. « Language » est l'orthographe anglaise, et une faute en français.

Mais dans le cas de la langue des signes, la question ne se pose pas vraiment : ni « langage » ni « language » ne conviennent. Le mot juste est langue.

Et le « langage des signes simplifié » avec les bébés ?

Signer avec un bébé utilise quelques signes issus de la LSF, avant l'apparition de la parole. Les signes viennent bien de la langue, la démarche n'est pas la même : c'est un usage familial, pas l'apprentissage d'une langue. Nous l'expliquons en détail ici.

Ce que ce mot signifie pour la communauté sourde

Le choix du mot n'est pas un détail de vocabulaire, c'est une question de reconnaissance. Dire « langue » revient à admettre que les sourds ont une langue, qu'il existe une vraie culture sourde, une histoire et une littérature propres. Dire « langage » les renvoie à un système de secours.

C'est pourquoi la communauté sourde y attache autant d'importance. Le sujet est expliqué de l'intérieur sur le site Culture Sourde, qui retrace ce débat et ses enjeux sur "langage ou langue".

Personne n'attend une connaissance parfaite du vocabulaire de la part d'un débutant. En revanche, employer le bon mot est la manière la plus simple de montrer du respect avant même de savoir signer. Déclencher une complicité passe par ce genre de détails et c'est souvent un bon moteur pour apprendre davantage !

En résumé

  • On dit langue des signes, jamais « langage des signes »
  • En France, la langue est la LSF, Langue des Signes Française
  • La LSF n'est pas internationale : chaque pays a sa propre langue des signes
  • Elle n'a plus eu sa place à l'école de 1880 à 1991, ce qui explique la confusion persistante
  • Elle est reconnue comme langue à part entière depuis la loi du 11 février 2005
  • Signer avec un bébé utilise des signes de la LSF, mais ce n'est pas apprendre la LSF

Foire aux questions

Quelle est la différence entre la langue des signes et le langage des signes ?

Aucune, parce que le « langage des signes » n'existe pas. C'est une formulation erronée pour désigner la langue des signes. La différence est dans le mot, pas dans la chose.

Doit-on dire « langage » ou « language » ?

Ni l'un ni l'autre pour la langue des signes. À noter tout de même : en français, « langage » s'écrit avec un a, « language » est l'orthographe anglaise.

Combien y a-t-il de langues des signes dans le monde ?

Plusieurs centaines, recensées dans des inventaires linguistiques comme toutes les langues vivantes. La LSF, l'ASL américaine et la BSL britannique sont trois langues distinctes.

La langue des signes est-elle universelle ?

Non. C'est l'idée fausse la plus répandue sur le sujet. Deux signants de pays différents peuvent échanger sommairement, comme deux locuteurs de langues voisines, mais ils ne parlent pas la même langue.

Comment apprendre la langue des signes française ?

Comme une langue vivante : avec un formateur, de la pratique régulière et de l'exposition à des locuteurs. Les ressources en autonomie suffisent pour le vocabulaire de base, pas pour la grammaire ni la compréhension en réception. Il existe plusieurs niveaux d'apprentissage, du premier échange à la conversation nuancée.